Travailleur de gauche

 

    Il existe bien des joueurs plus douées que lui. Mais une énergie sans limite puisée dans les épreuves de la vie permet à Franck Signorino d'imposer son panache blond sue le flanc gauche de la défense.
 

    Ne pas se fier aux apparences. Sous la blondeur du chérubin, derrière la bouille d'éternel adolescent, perce un jeune adulte, crédible et décidé, de vingt-trois ans. Franck Signorino renvoie, à la ville, l'image généreuse qu'il distribue chaque samedi sur le terrain. L'arrière gauche du FC Metz n'est dupe de rien. Ni de sa chance : "Je suis, dit-il, un privilégié qui incarne le rêve d'énormément de gamins."  Ni de ses limites : "Il existe des tas de joueurs plus talentueux que moi, qui n'ont pas passé le cap. Mais un bon technicien ne suffit pas à faire un bon footballeur. Je sais bien qu'il m'arrive souvent de rater le geste simple. Alors, je compense. La technique, vous pouvez la travailler. La générosité vous l'avez ou pas."

    Parfois, il se sent en marge de son milieu professionnel, pas seulement par la faute de pieds un peu plus carrés que ceux de ses confrères. "Dans ce métier, vous devez sans cesse mesurer vos propos : certaines vérités déplaisent." Il lui est arrivé de payer le prix de sa franchise, vertement, l'été dernier par exemple, pour s'être épanché sur l'unité retrouvée du vestiaire : ceux qui venaient d'en être chassés n'avaient pas apprécié. Pour garder le contact "avec la réalité" , Signorino étudie, fréquente la fac et passe en cinq ans au lieu de deux, un diplôme de commerce. Comme Stéphane Borbiconi avant lui. "Un exemple".

    Franck Signorino a traversé son enfance en ballon. "De toutes les tailles, de toutes les couleurs, je ne sais pas combien nous en avons achetés, révèle Catherine, sa maman. D'ailleurs, ballon est l'un des premiers mots qu'il a dû prononcer..." A Nogent-sur-Marne, où le voisinage de Paris est plus paisible qu'ailleurs, Franck aurait pu opter pour l'athlétisme : ses prédispositions  pour courir le mille mètre avaient retenu l'attention. Problème : "Il n'y a ni balle ni équipe". Va pour le football, "comme exutoire", selon Fortuné, le père. "J'en avais besoin, sans doute pour sortir de mon cocon",  imagine l'intéressé. Fils unique, le petit Signorino fréquente une école catholique. Un jour, sa professeur de catéchisme se montre peu charitable avec sa passion : "Tu préfères le football à Dieu !" Mais le football existe. Julien Mateos, son premier entraîneur se rappelle l'avoir puni, pour une chamaillerie achevée en combat de coq : "Je l'avais privé de match et d'entraînement pour une dizaine de jours. Eh bien, tous les soirs, il m'appelait pour savoir quand il pourrait revenir." De cette anecdote, le banni préfère retenir que "l'autre, lui, n'a pas été sanctionné.l"

    Ce refus de l'injustice guide ses pas. Quand le FC Metz, alerté par Julien Volpé, son superviseur parisien, le convoite, Franck Signorino ne part pas tout de suite. "Avec mes parents, nous avons pensé qu'il était trop tôt." Alors, il intègre le centre de Clairefontaine. L'affaire tourne mal, car les blessures s'en mêlent, "et les gens de Clairefontaine vont jusqu'à essayer de dissuader Metz de me prendre. Heureusement, Francis De Taddeo ne s'est pas laissé influencer. Mais de cet épisode, je garde toujours une certaine rancune."

    Cette expérience a renforcé son caractère pugnace, forgé, dans d'autres épreuves. Jeune, Franck Signorino accusait un retard d'âge osseux. D'ailleurs, à quinze ans, il dépassait à peine le mètre quarante ! "Il était frêle, chétif, rapporte son père. Forcément, ça le gênait. Alors, il se rattrapait sur le terrain, balle au pied." "Pour montrer que ce n'était pas un handicap", explique Franck. Plus tard, à Metz, une mononucléose l'affaiblit. "A ce moment là, je végète en DH et je ne me fais plus beaucoup d'illusions." Elles s'effondrent un an plus tard : 2001 s'achève, Signorino est devenu un pilier de l'équipe de CFA, mais il désespère de ne pas s'entraîner avec les professionnels, en réfère à Francis De Taddeo. Le patron de la formation n'obtient pas gain de cause. Deux mois plus tard, Gilbert Gress arrive à la rescousse, demande à Pascal Janin de lui trouver un arrière gauche. Son adjoint a connu Franck Signorino lorsqu'il dirigeait les 17 ans messins. A vingt ans de quelques mois, Signorino déboule en première Division. "Si Gilbert Gress n'était pas arrivé, je serais probablement étudiant à Paris."  Franck Signorino est, à ce jour, l'un des joueurs les plus utilisés par Jean Fernandez depuis son arrivée à Metz. "Il a progressé, constate l'entraîneur, et il progressera encore. Car Franck est un garçon intelligent, conscient de ses lacunes."